Un dimanche en fédérale 3

Rhône Sportif / Saint ClaudeLorsque vous arrivez dans ce stade de la Rue Tranquille à Villeurbanne, vous avez du mal à  imaginer ce type de structure dans une ville de 150 000 habitants. Champêtre avec une main courante en béton, pas de tribune et un terrain si sec que vous avez l’impression d’avoir les crampons qui vous rentrent dans les pieds. Ce jour là, un petit vent soufflait du stade et vous invitait à y rentrer avec une odeur de camphre si typique d’un vestiaire de Rugby.

Le match du jour oppose le Rhône Sportif, fraîchement promu d’honneur à Saint Claude, club historique qui fit les beaux jours Jurassiens il y a quelques dizaines d’années lorsque les ciels et blancs passaient 50 points à Oyonnax.

Villeurbanne, c’est l’est Lyonnais, c’est à dire le coin le moins riche de la capitale des Gaules. Le Rhône Sportif, c’est le deuxième club de Villeurbanne. Beaucoup moins de moyens que son grand frère l’ASVEL, mais avec une âme que l’on ressent aux quatre coins du terrain.

J’arrivais avec un certain a priori. J’avais entendu dire que le Rhône Sportif était un club assez chaud et pas vraiment agréable. Bref le genre de traquenard qui ne rend pas service au Rugby.

Autour de la main courante, les habitués sont prêts pour la joute. C’est étrange comment le supporteur d’un club est révélateur de l’histoire locale. Ici, on y retrouve beaucoup de personnes déformées par la vie, aux teints burinés et aux marques laissées par les épreuves dans les regards. Mais on y retrouve aussi la jeune femme pimpante, bien habillée surement venue encourager son copain qui joue dans l’équipe. Il y a encore et toujours la maman inquiète qui a laissé sa manucure rongée par la peur. Les joueurs de la B, transpirants, aux visages tuméfiés arrivent à la buvette pour quelques bières bien méritées. L’odeur de vieille friture leur assurera le fameux repas diététique de fin de journée.

La buvette, lieu commun aux tenanciers qui expliquent à haute voix à l’arbitre les règles du jeu. Pour une fois, pas de jeton, on paye en vrais sous.

Le match a débuté. Nous avons le marcheur qui suit les actions, bière et frites à la mains, haranguant le 7 adverse qui a sorti le poing dans un regroupement. Les commentaires foisonnent sans violence, avec une certaine appréciation de l’acte joué. En effet, nous avons des oppositions de style. Les visiteurs récitent leur partition alors que les locaux font preuve de vaillance.

A ma droite, 3 anciens discutent du match lorsque l’un d’eux me bouscule. S’excusant et ne prenant offense, nous commençons à discuter. L’un d’eux a passé 50 ans au club. Joueur, puis entraîneur, puis dirigeant, pour redevenir à l’automne de sa vie qu’un simple spectateur. On connait tous cette personne bavarde aux souvenirs attachants. Ce sera un Dédé ou un Marcel dont on parlera au club lorsqu’il aura rejoint le paradis de l’ovalie.

Le match avance et Saint Claude domine son sujet. Je suis avec quelques supporteurs qui ont fait le chemin. Pas loin, une jeune femme est inquiète. Nous lui parlons, on loue la vaillance de cette équipe jaune et bleu. D’ailleurs ceux-ci commencent à y croire avec un essai casquette qui les ramènent à 5 points. Elle retrouve le sourire. Malheureusement, un carton blanc ou jaune que personne ne conteste annihile les espoirs locaux. Saint Claude conclut le match sur un essai et enlève le bonus à leurs hôtes. Les supporteurs des deux camps trouvent cela injuste. Mais c’est la loi du sport.

Notre charmante compagnie essuie une larme. Son copain la rejoint et nous le félicitons pour ce match et lui garantissons avec notre fausse expertise que le Rhône Sportif se maintiendra.

Nous buvons une dernière bière avant de se dire au revoir et après s’être promis de remettre ça.

Je monte dans la voiture et je suis bien. Je me dis que les lendemains de victoire rendent les lundis heureux. Ce ne sera pas le cas des amoureux du Rhône Sportif et j’ai un petit pincement au cœur. Mais j’ai vu un beau match, sans haine, juste avec cette dose de combat que l’on aime. Des gens souriants qui se disent que l’on remettra cela le weekend prochain avec de nouvelles espérances.

 

 

Ce contenu a été publié dans Fédérale 1. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

15 réponses à Un dimanche en fédérale 3

  1. claude dit :

    Olivier tu transcris parfaitement ce qui transpirait du stade Firmin dimanche où nous étions côte à côte parmi les rhônistes et les sanclaudiens.
    Petit bémol, bien que nous ayons battus fréquemment l’USO à Serger et à Mathon nous ne leur avons jamais passé 50 points au contraire d’eux qui l’ont fait. 1 fois.
    Le FCSC se distingua dans le comité du lyonnais dès les années 20 en devenant en 22 le premier club a vaincre l’hégémonie du FCL champion sans discontinuer 20 ans durant.
    Mais je ne voudrais pas voler la vedette au RS la star méritée de cet article. Un club qui m’a séduit et je ne suis pas le seul. Souhaitons lui le meilleur. Cette année le maintien en fed 3 ne devrait poser aucun problème.

  2. Guy Monneret Guy Monneret dit :

    Belle page de sensations que le rugby peut provoquer!!!

  3. Philippe dit :

    Quel plaisir de lire un texte sans insulte ni grossiéreté …le style et le contenu sont séduisants même pour moi qui ne suis pas rugbyman.

  4. Paul VINCENT-NEVEU dit :

    Très agréable texte à lire qui nous remet dans l’ambiance des matches « régionnaux »;
    La seule chose qui me chagrine ,c’est que je ne savais pas que le RS avait des supporters qui rajeunissaient pour après qques dizaines d’années en être à « l’aurore de sa vie « .Sans rancune.L.O.L.

  5. romanus dit :

    bien résumé cette après midi rugby. Y étant aussi je ne peux que confirmer ton article. Je pense comme beaucoup de supporters ciel et blanc , que ce club se maintiendra sans soucis. Seul bémol , le stade , je pense que dans une ville tel que lyon, Villeurbanne pour être plus précis, un club mérite mieux que ce stade. (sans apriori aucun). Pour finir , à ma connaissance rugbystique (1980) le plus gros score infligé à OYO c’ est 31 point à ? A quand une visite à serger ?

  6. Fabbri Michel dit :

    Tres tres bien le commentaire c’est ça le rugby .Merci a l’auteur.

  7. Alex dit :

    Merci de cet article joliment écrit. Le Rhone Sportif Rugby aimerait bien sûr avoir d’autres installations mais il faut savoir que notre club n’est pas municipal.
    C’est un club privé qui finance et entretient lui-même ses installations (merci aux sponsors et partenaires qui nous aident en cela), un club aussi où le mot amateur s’entend au sens premier (pas de joueurs ou entraineurs payés ou défrayés, pas de prime de match), un club aussi où des joueurs seniors viennent entrainer les gônes.
    Malgré cela, on vit correctement notre rugby et on entend continuer à cultiver cette conception collectiviste même dans un paysage de plus en plus pro et où seul l’individu et les stats perso comptent.
    Si vous souhaitez en savoir plus sur notre club, c’est par ici : http://www.rhone-sportif-rugby.fr/

  8. BOCQUET dit :

    Merci pour ce bel article qui résume tout à fait les dimanches passes avec notre Club de ❤.
    Je regrette que certaines personnes considèrent encore le Grand Rhône Sportif comme un club violant. Pour avoir passé qques saisons en tant que Parent Dirigeant, J’ai vu beaucoup plus de club adverse déclencher ou enclencher la boîte à gifle que nos propres gladiateurs. Ces derniers, alors, ne font que répondre!
    Encore une fois… Superbe article et vous serez toujours le bien venu au Stade Firmin.

  9. J. DUFOUR dit :

    En tant que dirigeant depuis presque 20 ans du RS , et père de 2 joueurs encore présent cette année , je vous remercie de cet article chaleureux qui nous confortent dans notre politique , peut être à contre courant du rugby « amateur » actuel , mais qui j’espère ne disparaitra pas totalement . D’ailleurs, nous croyons en nos idéaux qui sont confortés par les déboirs de nombreux clubs qui se sont vus  » plus gros que le ventre  » . N’oublions pas qu’en sport amateur le plaisir des joueurs seniors et surtout enfants , dirigeants et autres supporters est l’adrénaline qui devrait être présent tous les WE sur tous les terrains . Merci encore et bonne saison à votre club , Jacky

  10. sfl73130 dit :

    Merci a l’auteur de cet article, presque un poème.
    C’est magnifique de parler de ce sport de la sorte.
    Je vais faire un copié coller tellement c’est beau.
    On dirais du Antoine Blondel.
    Merci

  11. sfl73130 dit :

    Merci de lire « Antoine Blondin » et pas Antoine Blondel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *