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Lettre à Florian Grill

Pourquoi tu ne dois pas être président ?

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Mon cher Florian,

Toi et moi savons que nous ne partirons pas ensemble en vacances, c'est un fait. Je dois avouer aussi que j'admire ton engagement et le respect de tes convictions. Homme d'affaires affirmé, chef d'entreprise reconnu, une certaine prestance et une aisance oratoire qui fait que tu es écouté, pas seulement par ta maman.

Tout cela étant dit, tu ne dois pas être élu président le 3 octobre et pour une fois, je ne vais pas faire dans la farce, dans l'humour ou encore la provocation. Je vais être factuel, car on a tous tendance à oublier l'avant et l'après Laporte. Et franchement, même si je suis en désaccord sur la gestion de championnats face à la Covid, gestion que tu as aussi approuvée, l'après Laporte a apporté un vent d'espoir pour le rugby.

L'absence de projet pour le rugby amateur

C'est le premier point négatif. Déjà dans ton organisation, il n'y a pas de responsable du rugby amateur. Il y a un responsable des compétitions. Les compétitions ne sont que la finalité de la politique, la mise en oeuvre de ce que l'on veut faire. Et je le comprends, car toi et tes colistiers présents aux Comités Directeurs avez toujours voté pour les propositions de réformes du rugby amateur. 

Vous allez donc garder les formats en place, alors qu'il aurait été bon de s"interroger sur la nouvelle division et la fédérale 3 à 15 poules. Mais bon, tu as voté pour. Tout comme tu as voté pour la réduction des phases finales des séries territoriales tout en critiquant par la suite et en intégrant un retour aux 32èmes de finale dans le chantier n°9 de ton programme. Je ne comprends pas. Si tu votes pour, pourquoi viens-tu critiquer ensuite si ce n'est pour des raisons électoralistes ? 

Le rugby amateur, ce ne sont donc pas seulement des compétitions. Quel est ton projet pour la DNACG ? Comment ta fédération va-t-elle contrôler les clubs et les aider ? Je n'ai pas de réponse. 

Toi qui te revendique du rugby amateur, comment peux-tu avoir une idée de grande journée des finales nationales ? Oui, c'est possible, sur le rugby féminin et c'est déjà mis en place. Mais sur les divisions fédérales, c'est impossible. 

La fédérale 3 termine toujours fin juin alors que la fédérale 1 ou encore la nationale a besoin de connaitre ses finalistes plus tôt dans la saison afin de pouvoir préparer l'accession chez les pros. C'est la clé du maintien, ce n'est pas une division intermédiaire ou encore des moyens. C'est savoir si l'on monte au bon moment pour pouvoir recruter correctement. Tous les clubs qui ont réussi à passer ce cap se sont maintenus en pro D2. Les finales de fédérale 1 sont trop tardives et on ne peut faire attendre 4 ou 5 semaines entre les demi-finales et la finale. C'est une idée mal pensée dès le départ.

Tu parles aussi de limiter les kilomètres dans les ligues. Je l'ai fait pour la ligue Aura en 2017 et ça a fonctionné. Pas besoin d'une fédération pour le faire, c'est déjà le cas en fédérales 2 et 3. Pour les séries, il suffit simplement de poser les clubs sur la carte et de réduire les divisions. Là aussi, je tiens l'étude à qui veut la mettre en oeuvre. Une pré-fédérale, une division régionale et une division inter-départementale. Cela rétablira la pyramide qui ressemble aujourd'hui à une bouteille d'Orangina. 

Tu parles de simplifier les règlements, là aussi c'est déjà le cas. Thierry Murie s'en était occupé en étant patron du Rugby amateur, patron que tu n'as pas désigné parmi ton staff.

Les bénévoles

Avant de lire ton programme, j'étais sidéré de lire que la communication d'Ovale Ensemble envers les bénévoles était d'inviter 2 bénévoles par an, par club à Marcoussis. Pourquoi faire ? Marcoussis, c'est un centre technique national, il n'y a rien à voir sauf l'équipe de France quand elle s'entraine. Invité pourquoi faire ? Boire des canons et voir les trophées en vitrine ? Les bénévoles sont avant tout des acteurs de leurs clubs et la vraie reconnaissance passe par leur facilité la vie. Quitte à faire quelque chose de cool, tu offres 10 000 places pour un match de l''équipe de France par an à utiliser quand ils veulent. 

Pourquoi ne pas continuer ce qui est en train d'être mis en place ? C'est à dire faciliter leur formation sur le terrain plutôt qu'en convocation qui nécessite des jours de congés pour se former. C'est ce que vont faire les CTC. Ensuite, le problème n'est pas seulement de se poser la question du recrutement des bénévoles, mais comment fait-on pour les garder plus de deux ans et demi, temps moyen d'un bénévole en club ? Ce n'est pas en mentionnant club formateur dans les communications que l'on va y arriver comme annoncé dans le chantier n°3.

Les clubs, ce n'est pas de l'élevage

Tu veux nous mettre en place un Label club (chantier n°1) avec redistribution des ressources sous forme de récompense. La nouvelle forme de labellisation est très bien et tant à valoriser les clubs formateurs tout en motivant les clubs qui souhaitent mieux se structurer grâce à une labellisation graduée. Là encore, les CTC que tu veux juges, accompagnent les clubs au lieu de les noter. Tu vois, c'est exactement ça qui vous a fait perdre les élections en 2016 : vous voulez tout le temps juger les autres, au lieu de vraiment les accompagner.

Quand tu proposes 4 millions par an sous forme de récompense, Bernard en redistribue 8 millions sans jugement, sous forme de remboursement des frais de déplacements, des indemnités de formation, de la suppression d'amendes administratives, de dotations. On n'a pas à juger, mais à aider.

Les mamans, la perte de licenciés et toi

Mais quelle erreur ! mais quel jugement, encore une fois stupide sur les mamans qui ont peur pour leurs enfants. Cela ne repose sur rien. Et donc tu nous sers les 54 000 licenciés perdus sous la mandature de Bernard en sous-entendant que c'est sa faute.  La vérité est beaucoup plus complexe. Cela a commencé en 2012 avec Georges Duzan qui a supprimé plus de 5000 matches par an. 

Oui, les mamans ne se réveillent pas le 4 décembre 2016 en se disant : Laporte est élu, tu ne feras plus de rugby. C'est une glissade qui a commencé et qui, au delà d'avoir réduit le nombre de matches depuis 2012, a été accentuée par un phénomène de société : la vie de famille est devenue compliquée à gérer. Les parents préfèrent voir les enfants en UNSS, faire leur sport en semaine et être tranquille le weekend. Les licenciés en UNSS ont augmenté de 50% entre 2016 et 2018 alors que dans les sports principaux, sauf le football, coupe du monde oblige, les licenciés ont baissé. Et fait exceptionnel, dans le rugby, toutes les tranches d'âge chez les plus de 18 ans, donc hors UNSS ont gagné des licenciés.

Non Florian, les mamans ne sont pas stupides et comprennent très bien les valeurs éducatives du rugby. En revanche, les parents célibataires ont un temps précieux à gérer et peut-être pas le temps d'accompagner le weekend leurs enfants.

Les finances dilapidées de la fédération

Comment peux-tu reprocher à la gouvernance de redistribuer les ressources ? Il y avait 90 millions de fonds propres, soient les budgets réunis du Handball, du Basket-ball et du Volley-ball. Tu as défendu une politique de capitalisation sur le dos des clubs et cela a entrainé une inaction de l'ancienne gouvernance dont plusieurs de tes colistiers ont fait parti avec des rôles assez importants. 

Tu nous bassines avec l'augmentation de la masse salariale en ciblant bien sur quelques cadres fédéraux amis de Bernard. Toi tu veux des bénévoles à plein temps à la place. Cela s'appelle de la précarité car les missions sont immenses. 

Il y a aussi la mise en place des contrats fédéraux notamment pour les féminines. Oui, on paye les internationales parce que l'on ne veut pas dupliquer le système mis en place par Serge Blanco pour le rugby professionnel masculin et qui montre aujourd'hui ses écarts avec le monde amateur et ses limites. 

Donc oui, la masse salariale a augmenté, car la compétence, ça se paye quand on en a besoin à plein temps. Le bénévolat, c'est lorsqu'on a le temps !

Ton équipe : retour vers le futur

N'en déplaise à mon ami Lolo Bourduge, mais ton équipe est la résurgence du passé, ce passé qui a laissé trainer l'immobilisme jusqu'à avoir une équipe de France apathique. Ce qui m'a fait sourire, c'est la déclaration de Lhermet qui a dit que pendant 3 ans sous Laporte l'Équipe de France a été mauvaise et qui prend la défense de Novès sur son licenciement. Et oui, mauvais, mais il ne faut rien changer.

J'étais à Paris lors du match nul contre le Japon. On en était à observer un concours d'avions en papier des tribunes supérieures. Lorsqu'un avion atterissait sur le terrain, tout le monde applaudissait entre les cris Remboursés et Novès démission.

Ton équipe est surtout étoffée d'anciens internationaux dont les sorties sont quand même maladroites. Ils viennent nous parler du rugby amateur, eux qui ont oeuvré à Clermont, Toulon, Biarritz ou encore Montpellier et pas vraiment avec de beaux succès. 

Et vous voulez qu'on vous redonne les clés du camion ?

Pourquoi Bernard est le meilleur choix ?

Parce qu'il agit. Peut-être pas toujours dans le bon sens, et il est capable de faire marche arrière quand il a tort. Je lis votre programme, qui est un programme de jugement, de récompenses et de yakafokon sans véritables solutions opérationnelles. Je me rappelle le programme de Bernard en 2016 avec un constat, une évaluation et une proposition concrète d'action opérationnelle. 44 fois comme ça.

Alors oui, les 44 points n'ont pas été tous faits, parce que les situations ont changé, évolué, avec aussi des analyses qui ont montré des limites, mais une très grande partie en a été réalisée. 

Et puis Bernard se bat pour gagner. La coupe du monde en est le meilleur exemple. Là où l'ancienne gouvernance laissait faire, Bernard a voulu la coupe du monde comme un moteur pour relancer la dynamique rugby en France. 

La seule chose que vous faites aujourd'hui, c'est d'essayer de copier sa méthode sans vraiment y parvenir. Dans ce cas, je préfère l'original à la copie. 

Et pour en finir, notamment avec les médisants de ton camp qui voient en moi un Maurice Bécanne, comme si j'avais besoin de me cacher? Je te garanti que l'on ne m'a rien proposé et toi, mieux que personne devrait le savoir. Je suis un électron libre qui n'a pas besoin de briller sur Marcoussis. 

En revanche, j'ai la conviction que le vrai rassembleur du rugby, observe paisiblement du côté de la Seyne sur Mer la situation et que le seul moyen de me voir à nouveau à Marcoussis est lorsqu'il me dira en 2024 : Olive, on y va !

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