Refonte de la Fédérale : mouai

Il y a du bon et du mauvais !

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Certains diront que je ne suis jamais content. Lorsque j'étais à la FFR, un élu m'avait surnommé Monsieur Point de Vigilance, car souvent en réunion, j'expliquais ce que je pensais être le point faible d'un projet et les risques que cela pouvait provoquer et donc proposer des contre-mesures par rapport aux propositions. 

J'ai des convictions basées sur presque 20 ans d'observation du monde fédéral. Depuis 2002, nous avons connu certaines évolutions. La clé s'est toujours trouvée au niveau de la Fédérale 1, qui selon certains a toujours posé des problèmes, notamment par rapport à la préparation à la Pro D2. 

Dans les années 2000, le discours était focalisé sur la date à laquelle nous connaissions les promus. date tardive qui ne permettait pas aux promus de pouvoir recruter des joueurs de niveaux. Le discours a évolué dans les années 2010 en expliquant qu'il fallait resserrer l'élite fédérale afin de mieux préparer à la Pro D2. Je ne suis pas d'accord avec cette idée. 

Pourquoi la Nationale, la Fédérale 1, la Pro D3 ne préparent pas à la Pro D2

Tout simplement parce qu'il s'agit d'un championnat qu'il faut jouer avant d'espérer et que la constitution de l'équipe phare est faite pour battre les autres clubs de la division. Il n'y a pas aujourd'hui une équipe en Nationale qui a été faite pour jouer en Pro d2. Tout d'abord, parce que le type de contrat de joueur n'est pas le même. Les finances aussi. En Pro D2, vous bénéficiez d'une manne financière supplémentaire conséquente avec les droits TV. C'est environ 25% du budget d'un club de pro D2. Ce reversement a doublé en 2014 avec la revalorisation de l'appel d'offre. Là où la moyenne était de 900 000 euros, elle est passée à 1.8 millions d'euros. 

Donc en plus d'avoir des ressources supplémentaires, cela a creusé le trou entre la Fédérale 1/Nationale et la deuxième division professionnelle. 

Ensuite, l'intérêt des sponsors pour un club de Pro D2 est largement supérieur grâce à l'exposition médiatique mais aussi l'effervescence des supporteurs. On en revient donc à la première idée en vogue dans les années 2000, ce qui fait la différence, c'est la possibilité de se préparer pendant l'intersaison et donc de connaitre les promus rapidement afin de les mettre dans les meilleures conditions. 

En quoi un resserrement de division présente un risque économique ?

La première chose est que les déplacements sont coûteux. En rugby, vous déplacez un squad d'au moins 23 joueurs plus le staff. Le fait de resserrer une division implique de facto l'augmentation des distances et donc des frais de déplacement. Parfois, cela peut même aller jusqu'à partir la veille, voire l'avant veille pour être dans les meilleures conditions. 

Bien sûr, la FFR rembourse une partie des ces déplacements, mais le reste à charge augmente de toute façon. 

L'autre problématique repose sur l'équilibre des matches et les implications financières. S'il est vrai que du point de vu sportif, l'intérêt est amélioré, cela ne se fait pas sans conséquence. L'équipe doit être compétitive tous les weekends et cela se paye. Il y a 15 ans, les clubs de Fédérale 1 avaient une équipe 1 composée de 35 joueurs en moyenne avec la possibilité de puiser en réserve pour certains matches ou encore faire monter des juniors en équipe 1. Aujourd'hui il n'est pas rare de trouver 40 joueurs pour faire fonctionner une équipe première en Nationale/Fédérale 1.

Les budgets vont donc en augmentant afin de rester compétitif avec des charges qui explosent. Nous retrouvons cela dans tous les sports collectifs où la troisième division ne trouve pas d'équilibre durable. Ainsi, le basket-ball est revenu à 2 poules en Nationale 1 afin de retrouver un peu de constance face aux problèmes financiers des clubs. 

Que nous propose la refonte des fédérales ?

En fait, en 2 ans, il a été créé 2 divisions supplémentaires. La Nationale qui comporte 14 clubs et la Nationale 2 qui comportera 2 poules de 12 à partir de la saison 2022/2023. La fédérale 1 aura donc été scindée en 2 divisions et réduite à 38 clubs au lieu de 60. Cela veut dire que 22 clubs vont passer de la troisième division à la cinquième division en 2 ans sans pour autant avoir été rétrogradés sportivement. La fédérale 2 devient donc la sixième division au lieu de la quatrième et ainsi de suite. 

La satisfaction viendra des séries qui ne représenteront que 3 divisions, ce qui devrait rapprocher les clubs pour les compétitions, même si cela crée un delta de niveau plus important, les expériences menées en ligue Aura ont montré que c'était possible. 

L'argument fallacieux a été de considérer qu'il y a trop d'écarts de niveau en Fédérale 1. Statistiquement parlant, la Fédérale 1 était dans la moyenne, les grosses différences étant en Fédérale 3 et Excellence B, sans parler des compétitions jeunes et féminines. 

Non, le fait est qu'un petit nombre d'équipes qui n'ont rien à faire en Fédérale 1 on demandé un retour de la poule élite, ce qui a été fait. Le problème n'est donc pas la majorité des clubs, mais bien ces exceptions. L'exception ne fait pas la règle. Tant pis pour ceux qui, faute de moyens repartiront en série et devront mettre 2 ans de plus s'ils souhaitent revenir à niveau. 

Et là, on recommence avec les mêmes erreurs. A la fin, les grands perdants se situent à partir de la future fédérale 1, où les clubs auront 2 divisions d'écart avec ce qu'il se faisait en 2019. 

Là où le rugby devrait être rassembleur et solidaire, il est devenu négligeant et élitiste faisant la part belle aux nantis. 

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