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Rugby - poule nationale : un champion et des interrogations

Le championnat est-il viable ?

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Bourg-en-Bresse est le champion attendu. C'est le club qui a gagné le plus de matches avec 16 victoires et celui qui a disputé le plus de rencontres contre les “gros”. Nous avons un beau champion dans une saison qui n'a pas été évidente par son déroulement à huis-clos. 

Les défenseurs de cette nouvelle division affirment que sportivement, c'est une réussite. Nous ne pouvons qu'acquiescer et reconnaitre qu'il y a eu des rencontres serrées, des surprises et du suspens. Mais est-ce suffisant pour autant ?

Lorsque l'on met en place un nouveau projet qui a des enjeux financiers, il est judicieux de travailler sur un modèle économique qui permet de faire vivre le projet. Or, rappelons que la création de la nationale n'a rien eu de réfléchi puisqu'elle est un palliatif suite à la promotion de clubs en Fédérale 1 sans rétrogradations.

De ce fait, la priorité a été de trouver des volontaires pour créer cette division. En fait la FFR s'est contentée de créer une division sans réellement penser à faire perdurer le projet, puisqu'elle a totalement occulté le passé, la feu poule d'accession qui a été un désastre économique pour les clubs.

Les clubs ont été aidés, mais pas de droits TV conséquents

Effectivement, les clubs ont pu être aidés. Tout d'abord, les PGE, puis les aides fédérales et un autre prêt à 0% remboursable sur 7 ans. A ce stade, il n'y a toujours pas de modèle économique pour la troisième division nationale. 

Le Top 14 et la Pro D2 ont des systèmes qui reposent sur l'exposition et les droits TV. L'exposition permet d'attirer des sponsors aux ambitions nationales. De surcroît, les stades deviennent de vraies places “business”. Vous avez, par exemple au LOU, autant de VIP qu'il y avait de spectateurs à Vuillermet il y a 15 ans. Normal, vous récupérez un stade de 30 000 places avec beaucoup d'espaces exploitables dans l'enceinte. Ajouté aux droits TV, les clubs peuvent “penser" modèle économique. 

En Pro D2, c'est un peu différent, l'exposition est moindre. Néanmoins, les droits TV sont passés de 900 000 euros en moyenne en 2014 à 1.8 millions d'euros après le nouvel appel d'offre des droits TV. C'est l'équivalent du budget médian en Nationale.

Les troisièmes divisions dans les sports collectifs

Toutes les troisièmes divisions des sports collectifs connaissent des problèmes. Problèmes d'écarts de niveaux, problèmes structurels, problèmes financiers et un schisme entre le monde amateur et le monde professionnel. Ainsi, ce sont les divisions qui connaissent le plus de dépôts de bilan. Parce qu'il faut s'armer pour monter chez les pros sans avoir l'exposition nécessaire pour trouver des financements ou des partenaires conséquents. 

Les troisièmes divisions sont souvent considérées comme les tremplins vers le monde professionnel. Par le passé, certaines fédérations ont pensé que le fait de réduire le nombre de club favoriserait la préparation à l'étage supérieur. A l'arrivée, il s'avère que ce n'est pas la bonne idée. 

Le basket a vu des clubs de National 1 en grande difficulté et a refait le chemin inverse en remettant 2 poules afin de stabiliser le championnat. Le football connait le même problème. A l'époque, le National 1 est composé de 2 groupes de 18 équipes. Puis, passe en 1997 à 20 équipes et 18 équipes en 2013. Ce que l'on constate, c'est que depuis, le nombre de rétrogradations et dépôts de bilan ont augmenté de façon conséquentes. 

Dans le Handball, jusqu'à présent, il y avait 4 poules de 12. Depuis 4 ans, pour monter chez les pros, il fallait obtenir le statut VAP. Cette saison, une poule élite a été créée mettant le championnat à 60 clubs comme pour le rugby. Il sera donc intéressant de voir si les problèmes que l'on suspecte dans le rugby seront les mêmes dans le Handball.

Le rugby fonctionnait avec 4 poules de 12 jusqu'au milieu des années 2000. Puis on a créé un championnat à 2 vitesses et là, les ennuis ont commencé et des clubs ont connu des rétrogradations administratives et des dépôts de bilan. En 2012, on repasse en 4 poules de 12, puis 10. Lorsque l'on pense que cela se stabilise pour les rétrogradations, on créé la poule d'accession avec un retour des rétrogradations administratives ! 

En 2017, il est décidé de supprimer la poule d'accession faute de participants. En fait, on comprend vite que seuls 4 ou 5 clubs sont au-dessus du lot, ce qui est normal dans ce genre de championnat. A l'arrivée, sur 2 saisons, seul Nantes est rétrogradé. Mais, comme expliqué plus haut, nous revenons à une formule similaire. 

Les avantages inconvénients de la Nationale

L'avantage mis en avant est uniquement sur le plan sportif. En effet, les “gros” sont regroupés et ont aussi des faire-valoir pour assurer une saison. Néanmoins, à l'arrivée, le ratio victoires/défaites est proche de ce que l'on retrouve un peu partout.

En revanche, de nombreux inconvénients viennent plomber le sportif. Tout d'abord, il n'y a que très peu de visibilité et une troisième division d'un sport ne sera jamais une première division. Pour preuve, l'équipe TV a diffusé en lieu et place la pro A de basket à la place du rugby, celui-ci ne revenant que pour les derniers matches et phase finale. Les ressources sont donc très limitées.

D'autre part, il y a beaucoup moins de derbys, ce qui n'arrange pas les finances et les affiches ne comblent pas une rencontre contre un voisin.

Ensuite, le championnat étant plus serré, il faut recruter et donc plus de moyens. C'est généralement là que des solutions alternatives et pas toujours légales sont trouvées pour rester compétitif et c'est à partir de là que l'on assiste à des descentes aux enfers.

On est donc avec moins de ressources et plus de charges. La seule solution est donc de miser sur les supporteurs pour essayer de faire du chiffre. Là encore, quand l'équipe tourne bien, les gens viennent au stade. Mais quand les résultats se font attendre, il n'est pas rare de voir les tribunes se vider.

Le modèle économique est donc inexistant et les ressources ne sont pas capables de combler les charges inhérentes à ce type de championnat.

Le souci, c'est que l'on va dupliquer le modèle avec la création de la nationale 2, qui ne sera que la nouvelle fédérale 2 de la pyramide des compétitions.

 

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