Marc Suchet et Bertrand Aucagne évoquent le futur du RC Vichy rugby
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Un vent de changement a soufflé sur le RC Vichy rugby cette intersaison. Marc Suchet a accédé à la présidence, et a choisi Bertrand Aucagne comme manager général. Avant le premier match dimanche, les deux hommes se livrent.
Interview
Marc Suchet, pourquoi avoir pris cette charge de président du RCV ? Parce que ce n'était pas une charge mais avant tout un plaisir. J'avais pris un peu de recul vis-à-vis du milieu associatif depuis quelques années. Mais cette possibilité de prendre la présidence, qu'on m'a proposée, d'une part m'a flatté. Et d'autre part, cela s'est présenté comme un challenge. Parce que je suis content de travailler avec la jeunesse, ça permet de se booster un peu, s'il y en avait besoin.
Pourquoi avoir choisi Bertrand Aucagne ? À l'époque j'habitais pas loin de Saint-Yorre, j'étais allé voir quelques matches et j'avais vu Bertrand 'uvrer ( sur le banc) et sa manière de manager m'avait plu. Comme l'idée était de changer le staff technique à mon arrivée, j'ai tout de suite pensé à lui. Et puis, ce n'est pas la peine d'aller chercher ailleurs ce qu'on a sur place. En plus, Bertrand est un enfant du RCV, toute sa famille y est passée, et ses compétences, son relationnel font que c'est l'homme de la situation.
Bertrand, en quoi consiste votre mission ? Elle tient en deux points. L'encadrement du groupe senior au sens large, y compris la B. Et d'avoir une vision plus générale sur le fonctionnement sportif. J'ai une mission de coordination de toutes les équipes, depuis les moins de 7 ans jusqu'aux seniors. J'insiste sur le terme coordonner : je ne fais pas tout, j'ai encore une activité professionnelle, l'idée c'est que les compétences qui sont au club puissent s'exprimer. Moi j'essaye de faire fonctionner ça au mieux, pour qu'un jour le groupe senior puisse tirer profit des bons résultats de notre école de rugby. Parce qu'on devra, en Fédérale 2 voire en Fédérale 1 dans quelques années, avoir une base de joueurs formés au RCV.
La Fédérale 1, vous l'avez annoncée dans trois ans… B.A. L'idée, c'est de se donner les moyens de jouer la montée dans les trois ans. Annoncer la Fédérale 1, peu de monde peut se le permettre.
Donc les supporters seront en droit d'attendre un mieux par rapport à la saison dernière dès celle-ci… M.S. Est-ce qu'on sentira dès cette année une différence ? On l'espère. Mais beaucoup d'aléas peuvent remettre en cause le travail : les blessures, la malchance…. Notre volonté, c'est, au bout de trois années, de pouvoir jouer la montée. Cette année, il ne faut pas rêver. On est dans une poule complexe, avec nos moyens financiers. On ne va pas faire de miracles, on ne va pas s'endetter.
On a un projet, et la première chose à faire, c'est de consolider nos fondations, donc de s'occuper des jeunes. Parce que, dans cette agglomération, on n'aura jamais le budget qui nous permettra d'aller chercher des joueurs d'autres horizons, si ce n'est à la marge. Au-delà de ça, le rugby va connaître de profondes réformes. Beaucoup de clubs ont des finances pas très saines, beaucoup de joueurs sont au chômage. Aujourd'hui, le principal partenaire du rugby, même à notre niveau, c'est Pôle emploi. Beaucoup de clubs ne recrutent plus des joueurs, mais des chômeurs, pour qu'ils puissent vivre de leurs droits. Nous, on refuse ça. On ne veut pas de rugbymen pauvres, on propose des emplois. Et puis, les clubs qui tiennent, ce sont ceux qui s'engagent dans la formation. Après, il ne faut pas leur demander d'être premiers dès la quatrième journée. On fait ce pari, et on ne dépensera pas ce qu'on n'a pas. Donc on s'attend à souffrir : on a choisi la voie la plus compliquée. Mais c'est la voie de la sagesse.
La Fédérale 1 impliquerait un quasi-professionalisme. Financièrement, vous préparez cela ? M.S. Tout à fait. C'est pour ça que le projet est sur trois ans : si demain on se réveille en Fédérale 1, on ne tiendrait pas. Dans le Sud-Ouest peut-être, vu la proximité des clubs, mais ici, on est trop isolés. Donc, on va augmenter le budget progressivement. Là, on est en train de « s'équiper course ». On relance notre club des partenaires, mis en place par mes prédécesseurs, rebaptisé club XV. Il est là pour apporter des ressources au club, et pour permettre aux partenaires de faire du commerce.
Vous avez prévu des choses pour faire revenir le public ? M.S. On ne va pas faire venir Miss France à tous les matches. D'abord, il faut communiquer. À ce sujet, nous discutons avec la JAV pour communiquer mutuellement sur nos supports, pour créer une dynamique sportive, faire découvrir le rugby aux basketteurs et vice-versa. Après, il faudra être séduisant par le jeu.
B.A. Le monde va attirer le monde. Mais il faudra plaire, tout en trouvant un équilibre entre ça et gagner. On devrait proposer un rugby avec du spectacle, d'autant qu'on ne devrait pas avoir les moyens physiques de miser uniquement sur l'affrontement. On a un beau stade, Marc va créer des animations autour. Je pense qu'il y a moyen de ramener du monde ici.
Vous faîtes une action commune avec la JAV, alors que vous pourriez miser sur la concurrence. Si elle stagnait en N1 et que vous montiez, vous pourriez en tirer profit… MS. Je ne réfléchis pas ainsi. Je suis javiste de c'ur aussi, partenaire depuis dix-sept ans via mon entreprise. Ce ne serait pas sain de s'engager dans cette compétition. Les deux clubs ont leur place, on peut être complémentaires.
Il y aurait la place pour une équipe de Fédérale 1 et une JAV en Pro B ou ProA, financièrement ? M.S. Je pense. Après, il nous faudra réfléchir différemment. Si un jour on veut être installé en Fédérale 1, il faudra penser à un rugby communautaire, plus qu'à un rugby basé uniquement sur Vichy. Ça passera peut-être par un rapprochement des écoles de rugby… Là, on a une équipe junior qui n'est pas à sa place, qui rencontre Cusset qui, lui, est à sa place. Et à côté de ça, ni eux ni nous n'avons sorti un joueur professionnel depuis très longtemps. Le dernier, ça doit être le frère de Bertrand ( David Aucagne), ou Manu Capdeville. Je ne dis pas qu'il ne faut plus qu'il y ait Cusset, Saint-Yorre, mais à un moment il faudra avoir un esprit plus ouvert… et les politiques nous rappelleront d'ailleurs peut-être à cela, parce que leurs finances ne sont pas extensibles.
Cette saison, vous visez quand même la qualification ? M.S. Il faut bien qu'il y ait un objectif, et que Bertrand ait un peu de pression….
Mais il vous manque encore quelques joueurs, ça va être compliqué, non ? B.A. La saison va être difficile, c'est clair. C'est une poule montagnarde, rugueuse, et nous, on va essayer de proposer autre chose, un rugby de contournement. Mais à un moment, il y a des bases, il faut s'y filer. Est-ce qu'on aura cette capacité à résister, avec le retour des vraies mêlées, vu notre effectif actuel ? On a préparé les joueurs à ça en tout cas. Et je pense qu'ils sont prêts. Il y a un bon groupe, il suffit de voir ce que la plupart ont fait l'an passé : avec un peu plus de volume de jeu, ils se qualifiaient. Donc on verra. On fera le point après nos trois premiers matches, accessibles, pour voir si on accélère le recrutement ou non.
Dans notre édition de demain. La présentation de la saison du RC Vichy, avec toutes les mutations, l'effectif…