Je pense qu'il y a une chose qui change très, très sensiblement la donne pour ce qui est des projections futures pour notre sport; c'est "l'épisode" Covid. Nul doute que les choses laisseront des traces (bonnes comme mauvaises d'ailleurs). Je n'imagine pas qu'on puisse tirer un simple trait sur cette "expérience" en repartant comme en quarante, comme si tout ceci n'était qu'une simple parenthèse...Le constat est valable pour toutes les arcanes de nos sociétés, je pense que le Rugby n'y dérogera pas. Il n'y aurait à mon sens rien de pire que de faire dans le déni, de maintenir ou reprendre voire renforcer un cap de surenchère financière, l'oeil exclusivement rivé sur le résultat (et/ou niveau de pratique ) de l'équipe première. Je pense même que ce modèle appartient d'ores et déjà au passé parce que les aspirations des gens ont, ou vont assez rapidement évoluer.
Je ne sais pas si ce n'est que le fruit de ma propre sensibilité qui s'exprime mais je pense qu'entre autres conséquences de Covid ( la financière n'étant pas des moindres mais pas la seule loin s'en faut !) devrait s'opérer assez naturellement une mutation dans l'esprit des publics sur la manière d'appréhender, d'estimer, de comprendre le sport. Je pense qu'avec une situation économique un peu plus tendue qui se profile mais aussi conséquence du fruit des expériences vécues par chacun pendant les confinements (on a un seuil de solidarité "de proximité" qui s'est "un peu" renforçé je trouve...), peut-ètre va t-on réamorcer la pompe du goût des choses simples, que le principe d'identification sur un socle de valeurs accessibles à tous retrouvera sens. Assez symbolique que quand tu demandes ce qui manque aujourd'hui aux gens, ils te répondent : " Aller boire un coup avec les copains" et pas "faire un voyage aux Bahamas" ! Moi, perso, qui goûte à tous les Rugby's depuis des lustres, ce n'est pas m'assoir en tribune dans un stade clinquant sous les sunlights de la "médiacratie" qui me manque mais plutôt voir un match de Cadets Régionaux un samedi a-midi, un tournoi EDR, un derby de promotion d'honneur...
Je pense que de la mm façon que le travail des "anonymes d'hier" un tantinet méprisés naguère (la caissière de supérette, le petit personnel soignant, l'agent d'entretien, le "ramasseur d'ordures" ect...) a trouvé "son public", a gagné estime de tous et respect grâce à son engagement sans faille en pleine pandémie; le club de Rugby de demain, n'aura de "valeur" auprès du public que s'il fait tous les efforts nécessaires pour valoriser l'engagement de ses petites mains, pour créer une identité qui permette une identification du public autrement plus globale ou "englobante" qu'aujourd'hui.
Ce que je veux dire c'est que le modèle de Club de Rugby qui s'imagine s'écrire une "histoire" ( jusqu'à ce que le "financeur" décide de changer de jouet ! ) en finançant dans un ersatz de professionnalisme une poignée d'équipiers premiers venus de tous horizons tout en ayant une arrière-boutique qui tient plus du chat-maigre qu'autre chose comme on a pu le voir ces dernières années, risque bien de ne plus rencontrer son public s'il n'y a pas "autre-chose" ! Je pense que demain, la progression du Club ne se jugera plus exclusivement à l'aune du niveau de pratique de l'équipe 1, que grimper pour grimper en s'offrant sa poignée de joueurs exotiques ou "ex-je ne sais quoi", ne suscitera plus l'enthousiasme d'hier s'il n'y a pas un peu plus de profondeur au projet. Bref, plutôt que la recherche de l'ivresse du grand-soir (qui donne lieu bien souvent à des lendemain "gueule-de-bois" soit-dit en passant !), j'imagine plutôt un public qui soit demain en recherche d'authenticité, de solidité dans le temps voire de résilience (capacité à encaisser les coups du sort).
Partant de ce constat, et si combien-mm ça fait grincer qqs dents (qui se voudraient acérées aujourd'hui mais risquent bien de se montrer carrieès demain !), je pense, à l'instar de Gadget qu'il convient d'alléger dans les grandes largeurs la barque Fédérale. Parce que j'imagine que le public de demain préfèrera venir au stade quitte à ce que ce soit un ou deux niveau en-dessous par rapport à aujourd'hui pour y voir des gamins du cru "qu'ils connaissent" et qu'ils ont vu évoluer depuis tt petits, à qui ils peuvent s'identifier plutôt qu'une poignée de mecs qui y sont pour une poignée de dollars et repartiront aussi vite qu'ils sont venus. Le Rugby de demain sera obligé de réduire la voilure ce qui n'empèche pas d'imaginer des embarcations plus solides en temps de tempêtes...