Ou les chroniques d'un grand joueur Léogartien et entraineur maintenant. Humain et terriblement franc, brut mais clairvoyant. Si ces chroniques vous bottent j'en ai un paquet d'autres car au-delà de conter la vie d'un club, on disserte sur le rugby nivernais et ses valeurs!... Prenez du plaisir à cette lecture de belle facture narrative riche en émotion et passion.
ESL Rugby
Hier, à 20:58 ·
Bon, je me suis remis aux chroniques. Je me lance pour une première partie...mais je ne voudrai pas lasser. (Mais bon vous n'êtes pas obligés de les lire....).
Chroniques du rugby d’aujourd’hui…vu par un vieux rugbyman !
Le rugby Nivernais :
Le rugby a changé. L’environnement du rugby a changé. Les joueurs ont changé et les spectateurs ont changés.
A l’époque il y avait Nevers qui faisait le yoyo entre la D2 et la D3 où il y avait Pougues, La Charité, Cosne et St Léger. La D3 c’était la division juste au-dessus du plus haut niveau régional, l’honneur, comme aujourd’hui la Fédérale3.
Et puis il y avait Nevers PTT, Vauzelles et La Machine.
Les clubs de division nationale avaient 2 équipes seniors, des juniors des cadets et de grosses écoles de rugby.
Que reste-t-il de ces années fastes du rugby nivernais
1 gros club phare, l’USON.
La Charité et Pougues qui ont dû fusionner pour continuer d’exister. Vauzelles et Cosne qui font le yoyo dans les séries régionales, Chatillon qui vivote, Nevers PTT et La Machine qui ont disparu et nous, St léger, qui courrons en séries régionales après notre passé.
Dans les catégories jeunes c’est pire, quasiment que des ententes pour arriver à avoir des équipes à 15.
La Nièvre est devenue un désert rugbystique.
La faute à qui ?
Aux rivalités de clochers, aux consoles de jeu, à la multiplication des sports fun qui ne laissent pas de trace le lundi matin, au fait que les jeunes à l’heure actuelle ne connaissent pas le sens du mot « engagement » et qu’ils pratiquent plus sous la forme loisir que compétition.
Seul Nevers n’a pas ce problème. Le haut niveau attire du monde.
En parlant d’attirer du monde, j’ai mis du temps avant d’aller au Pré Fleuri. La dernière fois que j’y avais mis les pieds….enfin bref ça c’était mal passé.
Alors moi à Nevers, surement pas ! Aller voir un match de Nevers surement pas !
Mais il n’y a que les cons qui ne changent pas d’avis…et je suis loin d’être con…non arrêtez, ce n’est pas drôle…je vous entends d’ici...NON je ne suis pas con! Puisque je change d’avis !
Remarquez que si le seul critère de la connerie c’était le fait de ne pas changer d’avis…les cons se compteraient sur les doigts d’une main…ce qui n’est pas le cas, bien au contraire.
Alors le nouveau Pré Fleuri, c’est un stade, un vrai, avec des tribunes dignes de ce nom.
Les jours de match vous avez plus de 3000 personnes qui viennent se faire voir au stade.
Dans les années 80 et 90, s’il y avait 800 personnes c’était le bout du monde et encore lors des derbys contre les voisins Nivernais.
Aujourd’hui pas beaucoup de gars du coin, je dirais même que certains viennent de coins assez éloignés.
Comme le foot, le rugby devient international et dans toutes les divisions.
Haaaa ou sont les joueurs du cru dans nos équipes d’antan, les Taterzinski, Muller, Fisher, Voght, Czewczik, Llorca, Knaebel…
A notre époque, même si ce n’est pas évident à la lecture de ces lignes, les gars étaient des locaux.
Mais comme disait mon Grand Père, « Cré vingt dieux de Vingt Dieux » (bon ça n’a rien à voir mais je trouvais que le moment de parler de mon grand-père s’imposait et en plus il n’y a pas d’autre moment pour en parler).
Bref peut-importe ce que disait mon aïeul, aujourd’hui pour atteindre le niveau visé par Nevers, il faut en passer par là. Non pas par là….par-là !
Les gars c’est des monstres. Tenez, il y a quelque temps de ça, je me promenais à Nevers, si si des fois je me promène à Nevers, au détour d’une rue, soudain l’éclipse….pourtant je n’en avais pas entendu parler à la radio ni à la télé….Mais non, j’avais devant moi 3 Fidjiens qui cachaient le soleil, comme moi ils se promenaient, mais dans le sens opposé. (A ce niveau du récit, connaître le sens de marche des Fidjiens n’apporte pas grand-chose à la qualité du texte, j’en suis conscient, mais le souci du détail me pousse à préciser ce genre de chose.)
Bref, les gars sont monstrueux et je pense qu’il est plus simple d’arrêter le Rugby qu’un joueur pro de l’USON !
Quelle locomotive pour le rugby Nivernais.
La Nièvre se part de tee-shirt, d’écharpes et autres autocollants aux couleurs de l’USON.
L’USON en visant le haut niveau draine (ou plutôt traine) derrière elle l’ensemble des clubs.
Les partenariats se mettent en place.
Et cela n’a pas été facile. A la tête des clubs il y avait encore des anciens dirigeants et joueurs qui avaient connu les rivalités de clochers, né des antagonismes entre les équipes qui pratiquaient au même niveau sportif.
Joueurs et dirigeants détestaient cordialement ceux des autres clubs.
Aujourd’hui, changement de cap, l’intérêt est collectif.
Plus l’USON jouera haut, plus les clubs bénéficieront des retombés.
Le renouveau:
Entamé depuis maintenant 3 saisons, le renouveau du club est à l’initiative de Pascal Kuhar.
Il a apporté de la rigueur et il a fédéré autour de lui une équipe de dirigeants et d’éducateurs.
Avec Yves, nous on est les coachs depuis la saison 2012/2013.
Je passe volontiers sur les saisons 2012/2013 et 2013/2014, car elles ne sont pas intéressantes. Hein…non ce n’est pas parce qu’on est descendu deux années de suite….c’est parce que ça prendrait du temps à expliquer.
Cette nouvelle saison 2014/2015 commence sur un petit quiproquo. En effet Pascal nous annonce sans ménagement l’arrivée d’un nouvel entraineur qui prendrait les fonctions de manager général. Stupeur…Pourquoi cela ? N’avions-nous pas fais nos preuve pour mériter ça ?
2 descentes consécutives, 9 victoires en deux saisons…Ce bilan à lui seul ne devait pas nous permettre de nous passer de ce poste de manager général ?
Avait-il besoin de nous mettre dans les pattes un nouveau coach ?
Après avoir relu ces lignes, finalement je me suis peut-être un peu emballé et sa décision parait évidente !
Un apport extérieur, un œil nouveau et surtout de plus grandes compétences, sont les biens venues.
Pascal a souhaité nous apporter de l’aide, mais il a souhaité nous garder. Pourquoi ?
Parce que Pascal est un type bien et qu’il savait ce qui arriverait cette saison. Il savait que Thomas, Axel et Eddy allaient arriver et il ne voulait pas qu’après 2 saisons de galères, Yves et moi ne soyons pas de l’aventure qui s’annonçait passionnante.
Premier contact :
Donc cette saison nous voyons arriver au club de St léger Axel P. et Thomas S. les prénoms déjà me disent quelque chose.
Axel, Axel PERROT, comme Perrot Yves, merde c’est son fils, mais si ! tu sais le petit gars qui courait dans nos pattes le dimanche. Mais alors Thomas S. c’est S comme Savre ? Re-merde alors, lui je l’avais comme minime à l’école de rugby et j’ai joué avec son père!
Serais-je si vieux que ça que des gars que j’ai connu minots reviennent au club terminer leur carrière ?
Oui je sais j’ai 52 ans pas la peine de le répéter, on me la assez souhaité il y a quelques mois…..
Au passage, au sujet de mon anniversaire merci…merci à tous pour ces témoignages de sympathies pour certains, de compassions pour d’autres et de «Facebook me dit que c’est l’anniversaire de l’aut’ con » pour les autres.
Toujours est-il que vous avez été nombreux et c’est ce que je retiens. Enfin si je retire Facebook, à part la famille….
Bon ne voyons pas le verre presque vide mais plutôt le verre qui pourrait être un peu plus rempli.
Ce sont des gestes qui font plaisir. Même si certains sont dictés par une espèce de routine Facebookiènne, ce qui est dit est dit, au passage j’espère que tout le monde a activé le rappel d’anniversaire ! Par contre je me pose une question. J’ai plus de 200 amis sur ce réseau et je n’ai eu que 50 messages…. Vous deviez être en vacances, ou alors votre boss contrôle vos connexions et vous ne pouvez pas le faire ou encore votre opérateur est en rade ou encore….
Bon soyons lucide, tout le monde ne m’aime pas…c’est dur à admettre car je fais des efforts pour être aimé (visiblement ça ne marche pas !).
52 ans, le bel âge. Oui oui je ne les fais pas, je sais…arrêtez je vais rougir !!!
Bon 52 ans, au passage sachez que je ne prends pas beaucoup de plaisir à écrire que j’ai 52 ans.
Au début je voulais faire croire que j’en avais 10 de moins, mais comme un con quand j’ai créé mon compte sur Facebook j’ai mis ma vrai date de naissance alors forcément, je vais avoir du mal à vous embobiner….
Enfin bref tout ça pour dire que ceux qui ont pris le peine de me souhaiter mon anniversaire, quel que soit la manière et le moyen, ont toutes mon amitié. Si dans le lot il y en a effectivement certains qui ne m’aime pas alors ne tenez pas compte de la dernière phrase….pas celle-là…celle juste avant !
52 ans c’est la pleine maturité….normalement….et bien en ce qui me concerne c’est NON…et je trouve quand même déplorable que parmi toutes les personnes qui m’ont souhaité mon anniversaire, aucune n’est eu l’idée de me faire un cadeau….je trouve ça limite….
Avoir 52 ans c’est un peu comme être le chêne d’une forêt où poussent de petits Hêtres frêles que je dois aider à croître. N’importe quoi !!! L’émotion me fait dire que des conneries. (J’ai quand même réussi à mettre 6 mots avec accent circonflexe…)
Ty vjpo ee,nvcke lppfg jgkrnqw…….merde j’en pleure, j’ai des larmes dans les yeux et je ne vois plus les touches….
Voilà, bon tout ça pour dire MERCI à tous, que vous soyez de la famille, du foot, du rugby, du boulot ou d’ailleurs.
Merci à tous et comme disait le poète…..mince je ne me rappelle plus ce qu’il disait, pourtant c’était vachement bien…..ça doit être ça le début d’Alzheimer ?
52 ans (ça pique un peu quand même)
La saison 2014/2015 :
Nous connaissons tous les gars, après 2 saisons c’est la moindre des choses.
Les petits nouveaux, pas de problème ils s’intègrent parfaitement.
Le problème c’est Thomas. Comment moi, petit joueur et entraineur de D3 des années 80/90, je vais appréhender un joueur qui a connu le haut niveau et des entraineurs d’une autre envergure que la mienne ?
Thomas est gentil et il me laisse croire que je maîtrise le truc. C’est ça aussi un grand joueur. Chacun à sa place et les joueurs seront bien gardés !
Mais attention, quand Thomas parle, tout le monde écoute et reste sérieux, même moi, sauf quand il dit des conneries (voir chapitre de la BOUZZ).
Personne ne fait d’ombre à qui que ce soit. A part peut être Gibus quand il se met devant le soleil.
Avec Axel c’est pareil, il me laisse les avants pour faire joujou à la baballe, mais au finale c’est lui qui donne tout le sens à notre jeu.
Ce jeu que je pensais connaître, et qui avec le temps à tellement évolué que je m’y perds un peu. Mais bon j’écoute et comme les joueurs je progresse avec eux.
Cette année j’ai pu constater à quel point ces gars de St Léger étaient des types bien. En effet, mon travail fait que je côtoie des personnes porteuses de handicap. Une de ces personnes, Sébastien S. 38 ans, souhaitait venir « s’entrainer » avec nous. A priori, impossible…
J’ai mis en place avec mes collègues le projet. Il a fallu convaincre, persuader et rassurer.
Il fallait ensuite présenter la chose aux joueurs. De par mon métier d’éducateur, je sais que l’intégration des personnes handicapées dans notre société n’est qu’une belle phrase et que la réalité est tout autre. Il faut constamment franchir des barrières, lutter contre la peur de l’inconnu, se battre pour l’accessibilité, combattre les moqueries, les préjugés, la peur de la « contagion » (oui oui !) et quelques fois la bêtise.
Alors j’y vais sur la pointe des pieds et là je tombe sur le cul ! Les gars se sentent concernés, acceptent sans exception, se prête au jeu, aide Sébastien et l’accueil comme un des leurs.
AHHHHH les valeurs du Rugby.
Résultats, la venue de Sébastien a permis à chacun d’échanger, sur le handicap, sur la vie en établissement protégé et sur mon boulot.
Pas de traitement de faveur, si Sébastien échappe un ballon les moqueries fusent comme pour n’importe quel joueur, pas de passe-droit, s’il faut faire 2 tours de terrain ou des pompes alors lui aussi les fera.
Sébastien revient régulièrement aux entrainements, comme n’importe quel joueur, les gars font un peu attention, c’est tout, quoi que….dernièrement il a pris son premier raffut de …Julien G. et Oups ! Sébastien a fini sur les fesses. Mais il s’est relevé et il est retourné au « combat ».
Au final, c’est tout le club qui est concerné maintenant. Lors du dernier match de la saison à domicile, l’ensemble des membres du club était d’accord pour que Sébastien passe la journée avec les joueurs et donne le coup d’envoi, devant 500 spectateurs. Ce jour-là j’ai vu dans les yeux de Sébastien comme un sentiment de fierté, de bonheur et de joie.
Moi perso ce genre de truc ça me met les poils, même si je travaille dans le milieu du handicap depuis 28 ans et je me dis qu’il reste un peu d’humanité quelque part et dans le rugby à St Léger en particulier.
Les temps changent :
Les temps changent et pas seulement à cause du réchauffement climatique. Les mentalités aussi changent. Cette saison on a vu un truc jamais vu auparavant. Et pourtant on en a vu….des trucs !
Une équipe qui avait annoncé ses ambitions de bien figurer dans le championnat et qui avait dit sa volonté de passer les poules de brassage de 3ème et 4ème série pour se qualifier en 3ème série, gagner le titre régional et faire le championnat de France nous a surpris par son attitude.
Lors du match aller à St Léger, pendant ce fameux brassage de 3ème et 4ème série, ils ont un peu pris l’eau (88-0), bon ça arrive, on en a bien pris 80 la saison dernière. Pendant le match ils n’ont pas arrêté de se plaindre que nous avions des pros, que eux se levaient le lundi matin pour aller travailler, que c’était dégueulasse car on avait des joueurs de fédérale et des tutorats.
En l’occurrence sur ce match, pas de tutorat, et sur le terrain, Eddy qui effectivement a terminé sa carrière à Pougues et qui est là cette saison pour nous aider et Thomas qui ne jouait plus depuis 3 ou 4 saisons. Pour le reste de l’équipe, c’était le même groupe que la saison passée. Bon pour être honnête, ce n’est pas tout à fait exacte, il y avait ce jour-là 3 joueurs de ….Chatillon en Bazois. (Au passage félicitations au CS Bazois pour sa formation, son école de Rugby et les résultats encourageants de cette saison)
Donc notre visiteur du jour se fourrait le doigt d’œil jusqu’à l’épaule en ce qui concernait notre « professionnalisme » supposé. Nous aussi on se lève le lundi matin pour aller bosser….bon dans le tas il y a des fonctionnaires et je ne suis pas sûr….non je rigole….je les aime les fonctionnaires, surtout une en particulier.
En dehors du fait qu’ils n’ont pas accepté la défaite, ils nous ont promis l’enfer au match retour, un match à l’ancienne. (Sous-entendu qu’à St Léger c’est le Paradis !)
Nous voilà averti, le match retour se jouera en enfer.
Pendant la 3ème mi-temps, alors que je causais avec un de leurs dirigeants, je lui ai demandé : « Si vous en début de saison un club de Fédérale avait mis en place des tutorats, vous les auriez refusé ? Hein ? Et si 3 anciens joueurs de Fédérale étaient venus jouer chez vous, vous les auriez refusés aussi ? »
Bizarrement je n’ai eu que l’expression de son mépris comme réponse.
Bon nous avec le temps qui passe et nos résultats nous commençons à prendre confiance et pour ce match en particulier, nous essayons de nous rassurer grâce à nos fondamentaux et nos bases en nous disant que même si ça pique un peut, nous pourrons gagner là-bas.
Arrive la semaine du fameux match en enfer. Jeudi, H-72, coup de fil de Belzébuth, pour nous dire qu’ils déclarent FORFAIT. Au début nous croyons à une blague, en effet déclarer forfait à domicile quand on a des objectifs comme les leurs, impossible, en plus ils nous avaient fait des promesses. La blague est confirmée par le comité…
Que s’est-il passé ? Plus de joueur, il reste deux matchs et ils seront forfait pour la fin de championnat ? Ça peut arriver dans les petits clubs. Nous on a connu ça, mais nous on n’a jamais fait forfait à domicile.
Bon la déception passée, (non je plaisante, ne pas aller en enfer n’était pas forcément une mauvaise nouvelle.)
Quelle n’a pas été notre surprise de voir, la semaine suivante, qu’ils avaient présenté une équipe en déplacement et la semaine d’après ils avaient joué aussi.
Donc là 2 solutions :
Soit ils ont eu la trouille de prendre une volée chez eux, soit ils ont réorienté leurs objectifs. C’est tordu mais plausible. Attention ce n’est pas simple.
Comme ils ont vu que nous dominions la poule, que nous risquions très fortement de leur barrer la route pour le titre de la 3ème série et la place en championnat de France, peut-être ont-ils pensé qu’un forfait leur permettrait de ne pas passer en 3ème série et comme ça ils joueraient le haut de tableau en 4ème série avec les mêmes objectifs, juste revues à la baisse.
Si c’est ça, alors là….
Toujours est-il que ce stratagème n’a pas fonctionné car ils ont pris des taules en 2ème phase et ne se sont même pas qualifié pour la finale régionale de 4ème série et encore moins en championnat de France.
Je vous ai dit…du jamais vu !
Dernière modification par chouchou58 (04/06/2015 22:18:58)