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Rugby : les mamans ne sont pas idiotes !

Et si la baisse des effectifs dans le rugby pouvait s'expliquer...

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Lorsque vous avez des missions à la Fédération, on vous fait rapidement comprendre que vous ne pouvez plus être vous-mêmes. Votre vie est régie par les lois de la république, mais on considère que votre représentativité vous donne des obligations de forme. C'est comme ça que vous pouvez vous retrouver à la commission d'éthique parce qu'un article n'a pas plus à un élu. Pas de souci, nous pouvons blesser les gens, même si c'est de l'humour. Nous pouvons rire de tout, c'est une certitude, avec tout le monde, mais il faut accepter en retour que des personnes n'apprécient pas et vous critiquent. C'est le jeu et cela me convient très bien.

Ce qui est étrange, c'est que ces personnes qui brandissent les panneaux des valeurs, du respect et de la considération pour le monde entier, les mettent rapidement dans le placard pour essayer de récupérer des voix.

Maman, n'aie pas peur

Quand vous voulez éviter les critiques, faites chanter les enfants. C'est ce qu'a fait la ligue Ile de France avec deux adolescents qui chantent : n'aie pas peur maman. Cela fait quelques saisons, que les hommes du rugby se sont mis dans la tête que l'une des causes, voire la cause de baisse des effectifs dans le rugby c'est la peur des mamans pour ce sport. Comme si la maman était une petite princesse qui partait aux urgences au moindre ongle incarné et ne voulait pas voir son enfant pratiquer un sport un peu rude.

Pourtant, nous devrions savoir depuis longtemps que les mamans sont un socle solide, la plupart du temps attentionnées et à l'écoute et quand elles ont peur, elles ne le montrent que très rarement à leurs enfants. Non, les mamans n'ont pas peur, mais comme à chaque fois avec les politiciens, il suffit qu'une seule maman se manifeste pour en faire des généralités. On lui chante donc une chanson pour lui dire qu'elle ne comprend rien. Alors rangeons cet argument patriarcal à la limite du sexisme et voyons ce qu'il en est réellement.

Éducateur pas éduqué, eh ducon, éduquons !

Didier Retière a cité une étude l'année dernière, disant que 70% des enfants qui arrêtent le rugby, le font à cause d'un éducateur. Comment voulez-vous essayer de faire quelque chose avec une telle bombe ? Parce qu'en fait, c'est mettre en avant que les éducateurs ne sont pas bons et qu'il faut, soit les former, soit les virer. Difficile à faire sans vexer les susceptibilités de chacun. Maintenant, cela ne veut pas dire que tous les éducateurs sont mauvais, mais que la perte des licenciés, n'est pas spécialement un problème d'image du rugby. A l'inverse, les valeurs éducatives de ce sport sont toujours la première raison de l'engagement. 

L'opposition est choquée par les chiffres. Seuls 30% des éducateurs sont formés. Oui mais voilà, quand ils étaient au pouvoir, se former était un sacerdoce. Il fallait prendre sur son temps libre, ses congés et payer, relativement cher une formation pour avoir un acquis essentiel et en plus prendre sa mobylette pour faire 150 bornes avec un thermos de café et un casse-dalle qui renverrait Macdo au niveau des restos 4 étoiles. 

Là encore, tenter de faire passer la gouvernance actuelle pour responsable alors qu'elle a mis en place les CTC pour venir former directement les éducateurs en clubs, c'est quand même pousser mémé dans les orties (qui je le rappelle a surement plus peur des orties que de voir son petit fils gambader sur un terrain de rugby).

Ce que disent les chiffres

Tout d'abord, j'ai voulu savoir ce qu'il se passait dans les autres fédérations. J'ai donc recherché les chiffres et je suis tombé sur l'institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP), service à compétence nationale du ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, créé par décret n° 2015-1771 du 24 décembre 2015. Bon je sais, je me la pète un peu, mais il parait que je suis un aigri mégalo en pédalo.

Dans ce site, vous pourrez trouver toutes les statistiques des licencié.e.s, par âge, par sexe et voir par vous même que le contexte est compliqué, lié à la performance des équipes nationales, peut-être, mais pas que. Nous verrons aussi que le rugby est bel et bien un sport à part.

Et vous allez voir, qu'il y a une donnée qui peut expliquer la baisse des licenciés en EDR et que le changement ne pourra pas se faire avec la même politique ou les idées erronées de dire que c'est la faute des mamans ou des performances de l'EDF..

L'inconvénient, c'est que l'INJEP a publié ces statistiques de 2016 à 2018. Néanmoins on y retrouve des informations très intéressantes pour le rugby. 

Alors commençons. Nous avons toutes les fédérations qui ont publié les chiffres, sauf celle du Handball. J'ai regardé les deux sports les plus répandus que sont le football et le tennis. J'ai voulu voir aussi ce qu'il se passait dans le basket-ball, autre sport collectif et aussi dans un sport qui pourrait faire peur aux mamans que sont le judo et le juji-tsu, fédération de sports de combat. 

C'est sans appel, et l'opposition a raison, le rugby perd des licenciés sur les catégories 5/9 ans (-7034), 10/14 ans (-10358) et 15/19 ans (-3846). 

La seule fédération qui gagne des licenciés sur ces catégories est le football surement grâce à la coupe du monde. 

Le basket-ball perd sur les 5/9 ans (-6078) et les 10/14 ans (-4160), mais en gagne sur les 15/19 ans (+3451)

Le tennis subit une très grosse chute sur les 10/14 ans (-12740) et 15/19 ans (-12623) alors que c'est stable sur les 5/9 ans (+311)

Enfin les sports de combat dégringolent chez les 5/9 ans (-8432) mais se stabilisent ces les 10/14 ans (-52) et les 15/19 ans (+79).

Et là, je vois bien mes copains de l'opposition faire un singulier rapprochement et me dire : On a raison, regarde, tout ce qui touche au combat, les mamans ont la trouille. Sauf que. . .

Je n'en ai pas parlé au début, car j'aime bien l'effet de surprise, s'il n'y a pas vraiment de logique entre ses fédérations, peut-être avec le basket qui perd des jeunes que l'on considère école (jusqu'à 14 ans), il y a un facteur important que l'on se doit de prendre en compte : l'Union Nationale du Sport Scolaire. Cette fédération pluri-disciplinaire a explosé les chiffres en gagnant 12% de licenciés en 10/14 ans et plus de 9% sur les 15/19 ans.

Qu'est-ce qui fait que l'UNSS prenne le pas sur les fédérations sportives ? 

Probablement deux raisons. tout d'abord le coup des licences beaucoup moins élevé que dans les fédérations sportives et ensuite, les compétitions se déroulent la semaine, notamment le mercredi après midi. Avec la réforme scolaire, c'est du pain béni pour les familles. Pépère peut courir, on peut bosser et le weekend on peut se calmer.

Ainsi, l'enfant peut pratiquer son sport, notamment le rugby, rentrer tout lavé et faire ses devoirs. Les familles ont ainsi le weekend de libre et peuvent faire ce qu'elles veulent. Il n'y a plus de contrainte de tournois, de matches et donc de rentrer tout crotté un samedi soir alors que l'on doit aller diner chez les Niogret à 19h00. 

Et la bonne nouvelle pour le rugby !

Zolive, t'es sur ? C'est pas l'EDF ? C'est pas les mamans pétochardes ? C'est pas Bernard Laporte ? 

Oui ! je ne pense pas ! non ! définitivement non ! 

La dernière info que je vais vous donner est primordiale pour la compréhension du problème. A partir de 20 ans et jusqu'à 80 ans et plus, le rugby est la seule fédération sur cette période analysée qui gagne des licenciés sur toutes les catégories d'âge adulte. Plus une personne devient indépendante, plus elle a tendance à s'inscrire au rugby. 

C'est donc que la culture de ce sport est suffisamment forte pour que l'on y retourne une fois lancé dans la vie. 

Alors qu'en est-il des enfants ? 

Il y a surement des pistes à explorer, notamment un rapprochement avec l'UNSS, qui a déjà été abordé par la FFR sur le sujet des féminines, véritable vivier commun. 

C'est aussi voir si le mercredi après-midi ne peut pas être un moment sacralisé où l'enfant peut venir pratiquer et faire ses devoirs. Certains clubs ont commencé à explorer cette solution et si les besoin et ressources sont plus importantes, une concertation entre l'éducation nationale, les élus locaux et les clubs de rugby doit pouvoir porter ses fruits et faire en sorte que les jeunes reviennent durablement dans les clubs.

Pour terminer, je vous mets en lien les chiffres que j'ai trouvés regroupés dans un classeur Excel. Vous pouvez venir commenter sur le forum dans ce sujet dédié

 

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