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Pour ceux qui n’avaient pas vu venir la chute du Montluçon Rugby, déclaré en cessation de paiement, un petit rappel des faits s’impose.
Croisé dernièrement à l'étang de Sault où il participe à l'encadrement des animations d'été, Christopher Legon se voulait raisonnablement optimiste sur les chances du Montluçon Rugby de se sortir de ses difficultés financières. Ce qui ne l'empêchait pas de garder des contacts avec d'autres clubs au cas où.
Déficit annoncé
à 246.000 euros
en juin 2012
Il a bien fait. Le talonneur ne retrouvera pas ses camarades, ce soir, comme prévu pour la reprise de l'entraînement à la Loue. La mairie a annoncé, vendredi, que le MR était en cessation de paiement, et donc contraint au dépôt de bilan. Conclusion de deux semaines d'agitation faisant suite à l'annonce du président Andrivon en assemblée générale le 18 juillet : « Avec le bureau, on ne repart pas. On n'a pas les moyens financiers. »
La chute est brutale mais était-elle imprévisible ? Depuis cinq ans, le club connaît des fins de saison difficiles comme le rappelle ce petit résumé des épisodes précédents.
Mai-juin 2011. Le trio Barrat-Andrivon-Godignon prend en main le MR avec l'ambition de susciter un nouvel élan. Christophe Hamacek, technicien de référence, arrive au poste d'entraîneur. Fin 2011, le club des partenaires, piloté par Didier Pszonak, compte « 227 sponsors pour un apport de 675.000 €, soit 40 % des recettes ( budget de 1,5 million environ) ».
Avril-mai 2012. Battue à Mâcon, l'équipe ne se qualifie pas en Jean-Prat. Le club se sépare de son entraîneur qui va négocier un départ « à l'amiable » ( au moins 65.000 euros). Il est remplacé par le duo Chanal-Depoux. La saison en Fédérale 1 se termine avec « un déficit de 246.000 € », trou comblé par « un fonds associatif ( en fait, le trio dirigeant a mis la main à la poche) et la contribution exceptionnelle de certains partenaires. » « Il faut réduire la voilure », annonce le président, Yves Barrat.
Septembre 2012. Inauguration du stadium de la Loue, doté de huit loges louées aux partenaires. À l'inauguration, on évoque la Pro D2.
Avril 2013. Philippe Marocco, entraîneur entre 2005 et 2011, revient comme manager sportif. Le club recrute Williams et Senio, deux Néo-Zélandais passés par l'ASM. Les joueurs de la réserve manifestent pour défendre l'image du club à qui il reproche de ne pas faire confiance aux gens du cru et de négliger les jeunes.
Juin 2013. Pour présentation de comptes non réguliers, la DNACG (*) menace le club d'une rétrogradation administrative en Fédérale 3. Le MR échappe à la descente mais se voit retirer dix points au début du championnat suivant, alors que les dirigeants répètent qu'ils « sont toujours financièrement sur le fil du rasoir ».
Mars 2014. Maintien en F1 acquis mais le président annonce pour la saison suivante une baisse du budget (de 1,4 million à 1,1 million) avec notamment une masse salariale réduite de 35 %. « On n'a pas de trésorerie devant nous », dit-il.
Avril 2014. Le conseil municipal vote une aide exceptionnelle de 40.000 € et le club obtient un moratoire pour régler les charges Urssaf.
Mai 2014. Crise à l'école de rugby dont treize éducateurs s'en vont « faute d'un projet de club clair ». Yves Barrat se met en retrait et laisse la présidence à Jean-Pierre Andrivon.
Mars 2015. Pour des comptes négatifs au 30 juin 2014, la DNACG sanctionne le club. Le MR en appelle au Comité du sport français (CNOSF), saisit le tribunal administratif avant d'accepter la descente en Fédérale 2 : « On n'est pas en mesure financièrement de rester en Fédérale 1, on n'ira pas dans le mur », avoue le président. Le budget va passer à 800.000 euros.
Juillet 2016. « Des sponsors dont un majeur n'ayant pas honoré leur engagement », il manque 150.000 euros au MR. Sans solution, le club est en cessation de paiement et va déposer son bilan.
Et maintenant ? Le MR peut suivre l'exemple de l'UA Libourne, croisée en Fédérale 1 il y a deux ans. Le club a subi un dépôt de bilan début juillet. Il a travaillé immédiatement à la relance en repartant de zéro avec le RC Libourne, basé sur l'école de rugby et évoluant en série régionale pour les seniors. S'il existe une forte volonté d'assurer la continuité du rugby à Montluçon, il n'y a pas de temps à perdre.
(*) Direction nationale d'aide et de contrôle de gestion.
Claude Marchal