La Nationale est très précaire : c’est un championnat avec les exigences du professionnalisme sans avoir la réelle capacité à générer des revenus.
Tout le monde, dans le discours, a l’ambition de monter. On peut dire que 10 ou 11 équipes veulent, à terme, accéder à la Pro D2 (sauf Niort, Rennes et Tarbes), mais dans les faits, il n’y a qu’un seul club qui monte.
C’est la course à l’armement : tout le monde prend beaucoup de risques pour accéder à l’échelon supérieur. Ça devient irrationnel avec des budgets déficitaires de 2 à 3 M€ par an.
Les budgets augmentent mais pas les revenus, donc beaucoup de clubs dépendent de mécènes :
Bourgoin, Massy, Suresnes, Nice, Périgueux et Rouen.
Les clubs historiques qui souffrent et n’ont pas la capacité de se développer économiquement car situés dans des villes trop petites : Narbonne, Albi, Bourg-en-Bresse, Tarbes.
De nouveaux clubs apparaissent : Rennes, Niort et Marcq.
Dans les présentations des clubs de Nationale, on comprend que beaucoup sont en mauvaise posture et que le fait de ne pas monter immédiatement les a fragilisés :
Diminution de budget (Massy, Suresnes, Bourgoin)
Clubs qui ne savent pas quelle ambition fixer après des résultats décevants (Bourgoin, Suresnes)
Clubs historiques qui perdent leurs avantages concurrentiels d’année en année (Tarbes, Albi, Narbonne, Bourg-en-Bresse).
Tu as aussi des clubs en train de monter, mais qui, s’ils n’arrivent pas à confirmer, auront du mal : Chambéry et Périgueux. L’enthousiasme risque de s’estomper.
Puis tu as Rennes, Niort et Marcq qui montent. Pour moi, on est le club qui a le moins d’expérience. Niort est monté un an après nous mais joue depuis plus longtemps en F1. Beaucoup de leurs joueurs ont déjà de l’expérience en Top 14 / Pro D2.
Rennes est déjà passé par la Nationale.
Nous, on a eu beaucoup de réussite pour monter en N2 (grâce à la réforme), puis en N1 (5e de poule) et se maintenir.
Quand on dit « il nous faut un mécène », il faut voir que les exemples du Top 14 et de la Pro D2 sont en train de s’effondrer, et que les clubs historiques retrouvent leur place.
Avant, un mécène pouvait combler en mettant quelques millions ; aujourd’hui, il faut entre 20 et 30 M€ par an. Même en Pro D2, ça devient compliqué, et en Nationale ce sera pareil.
Le club fonctionne déjà comme s’il avait un mécène, en brûlant ses fonds propres, sans avoir encore trouvé la personne qui remet systématiquement de l’argent.
OMR Sport avait 1,9 M€ de capital à sa création ; aujourd’hui, il reste 490 K€. En trois ans, ce sont donc 1,4 M€ de déficit (pour deux années en N2 et une année en F1).
Cf. Pappers - OMR Sports.
Donc aujourd’hui, est-ce qu’on ne part pas d’encore plus loin, et le budget ne devrait-il pas être en dessous de 2,8 M€ ?
Est-ce envisageable de prioriser le développement plutôt que la simple pérennité du club ?
Est-ce qu’on peut penser que progresser passe aussi par autre chose que les résultats sportifs ?
L’économie : si tu stabilises le club, tu fais +20 sponsors par an tout en gardant une masse salariale stable. Tu gagnes systématiquement de l’argent. Tu sais que plus tu montes, plus tu deviens rentable, et donc qu’il n’y a aucune limite à l’ambition. Exemple : Vannes a toujours gagné de l’argent, a pu créer son centre d’entraînement, etc.
Cf. Pappers - RC Vannes.
La formation : actuellement, seulement deux joueurs de l’équipe première sont réellement passés par la formation (hors espoirs). Si demain tu as 10 à 15 joueurs issus de la formation (comme dans les meilleurs clubs), tu stabilises ton effectif avec des joueurs qui vont durer 10 ans, tu contrôles ta masse salariale et tu développes une vraie culture club.
Dans ce cas, tu peux recruter des joueurs qui seront de vrais facteurs X, et non pas seulement des joueurs de complément, car tu les as déjà.
Si tu sors un joueur par an et par génération, pour en avoir 10 et plus avec les joueurs en fin de carrière, c’est plus de 10 ans de travail.
Si l’année prochaine Marcq a 6,5 M€ de budget, on ne serait pas aussi performant que Narbonne, car il nous manque de la maturité en termes de vécu commun, de formation, d’expertise, et nous ne sommes pas encore vus par les joueurs comme un club phare (manque d'histoire). On n’arriverait pas à recruter comme Nice.
Il faut d’abord stabiliser le club, trouver un modèle pérenne dans le temps et digérer les montées successives avant de penser à la Pro D2.
À mon sens, si nous perdons aussi des sponsors, c’est parce que nous n’avons pas encore trouvé ni défini clairement notre offre. Ce ne sont pas uniquement les résultats sportifs ou les montées de division qui attirent des sponsors. Ce qu’il faut repenser, c’est notre communication et la sympathie autour du club.
Un discours cohérent pourrait être : « Nous sommes désormais un club professionnel et nous aspirons, sur le long terme, à installer le club durablement à un niveau supérieur. » Aujourd’hui, on enchaîne les cycles : 2023 montée en Pro D2, puis 2028… ça crée surtout de la frustration et de la déception.
Quand je parle de sympathie, je pense à l’identification des gens au club, à travers une forte dimension communautaire. En Bretagne, par exemple, le concept de “rugby breton” dépasse les résultats sportifs : même après une descente, l’engouement ne cesse de grandir. Ils ont plus de followers que beaucoup de clubs du Top 14, leurs stades affichent guichets fermés en permanence. Dans le football, on peut comparer à Lens : une ferveur incroyable, indépendante des résultats immédiats.
Créer de la sympathie, c’est comme en politique : il faut de la proximité. Cela passe par des interventions de promotion auprès des jeunes, dans les autres clubs, auprès du public, des partenaires Les joueurs doivent s’ouvrir davantage vers l’extérieur, être accessibles et avenants avec les partenaires, et pas rester uniquement entre eux. Chaque échange avec un partenaire, un supporter ou un licencié est une opportunité de créer du lien. Plus on crée de lien, plus on a de chances de les voir revenir. C’est un vrai rôle de VRP : il faut séduire.
La communication est essentielle pour toucher un public plus large, de créer de la proximité et de donner aux gens le sentiment de connaître les joueurs.
Attention aussi à la cohérence du discours. On ne peut pas dire dans la presse (source Midol) que « nous sommes la quatrième métropole, donc nous pouvons viser le Top 14 », puis affirmer ensuite que c’est compliqué parce que nous sommes en terre de football. En Bretagne, il y a déjà trois clubs de Ligue 1 et un de Ligue 2. Ce n’est pas simple, certes, mais ils ont réussi à se faire une place.
Autre exemple : Massy. C’est une ville marquée par une forte culture foot, notamment à travers l’immigration. Pourtant aujourd’hui, le rugby y est devenu le sport numéro un et gros pourvoyeur de l'équipe de France. Comment ? Grâce à un énorme travail auprès des jeunes pour les amener vers le rugby.
Il n’y a pas de raccourci : seule la régularité et le travail constant dans le temps permettent de construire quelque chose de solide et durable.
Dernière modification par RuckMaster (04/09/2025 16:17:29)